Laszlo Bölöni, mon voisin l'entraîneur Coach redoutable et redouté, Laszlo Bölöni a quitté Rennes pour Monaco à l'intersaison. Le survolté du banc de touche était un voisin discret et apprécié.
La Ricoquais est une banlieue pavillonnaire chic et paisible de Saint-Grégoire. « Ici, c'est calme, c'est bourgeois, chacun rentre chez soi avec son gros 4x4, et les contacts sont rares », résume Jean-Pierre (bien) installé depuis quatre ans. La principale attraction de ce quartier s'appelle le Stade Rennais. Alexis, 14 ans seulement, a déjà assisté à un véritable défilé de figures du club : « Arribagé, Durand, Gava, Turdo, Vairelles ont habité à quelques mètres de chez moi. Moreira a emménagé il y a quelques semaines. » Et pas n'importe où... Il a pris la place du gourou, aujourd'hui parti sous d'autres cieux. Depuis trois ans, Laszlo Bölöni était ce joggeur discret qui courait le long du canal pour rentrer dans sa maison aux volets presque constamment fermés.
La passion des fleurs « C'était un voisin comme un autre, confie Jack, qui vit en face. Il était sympathique, on se disait bonjour, mais pas plus. Si, un jour je l'ai dépanné d'une rallonge. Il a aussi offert un ballon et des posters dédicacés par toute l'équipe pour les 12 ans de mon fils ». Les gens de sa rue respectaient sa discrétion : « Mon fils Thibault savait depuis plus d'un an qu'il habitait en haut de la rue. Mais je ne l'ai autorisé à demander un autographe que quand j'ai su qu'il allait être transféré. Il l'a eu deux jours avant qu'il parte. Il était temps ! » affirme Pascale.
Danièle et Yves Bigot étaient sans doute ses voisins préférés : « On le connaissait bien. Il était très agréable, très poli ». Danièle a apprécié sa prévenance : « Quand j'ai eu de graves ennuis de santé, il venait sans cesse aux nouvelles. » Avec Yves, il parlait de tout et de rien, mais rarement de football. « Je ne l'embêtais pas trop avec cela. Dès les premiers mots de la conversation, je sentais s'il avait envie de parler foot ou pas. »
Leur sujet de prédilection était l'horticulture : « Je travaille dans ce domaine, et il était en admiration devant mon jardin, mes rosiers surtout. Sa femme adorait les plantes vertes, la maison en était remplie. Elle était catastrophée quand ses ficus mouraient. Je venais parfois tondre le jardin ou arroser les plantes. » Pas trop souvent quand même : « Il n'aimait pas dépendre des autres, il voulait tout faire tout seul. Mais le foot lui prenait un temps fou. Quand il tondait la pelouse, il était tellement souvent au téléphone qu'il finissait à la nuit ! ».
Laszlo Bölöni a même fait preuve avec lui de cet humour froid et un peu chambreur qu'il révélait parfois au détour d'un vestiaire. « Une fois, je peignais ma porte d'entrée. Il est passé en voiture avec sa fille et m'a lancé : « Quand tu auras fini, tu passeras à la mienne ». Il me disait aussi souvent : « T'étonnes pas trop s'il te manque bientôt quelques plantes par-ci par-là, elles ne seront peut-être pas très loin » », raconte Yves avec émotion.
Car désormais, Laszlo ne blaguera plus qu'à Monaco : « C'est sa femme qui a procédé au déménagement. Elle nous a dit au revoir les larmes aux yeux. Elle nous a même avoué qu'elle était rassurée ici, car elle pouvait toujours compter sur nous. » Le Rocher sera-t-il aussi accueillant pour les Bölöni ? Les Bigot en doutent : « Ils se plaisaient bien ici. C'est vraiment les aléas du football qui les ont obligés à quitter les lieux. »
Mathieu GRÉGOIRE
Paru dans l'édition de Ouest France du 16/08/2006