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Etudiant en 1e année au Centre de Formation des Journalistes, Paris

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Reportage

A Pontchaillou, la longue nuit des sauveurs de vie

Le Département de chirurgie viscérale du CHR rennais compte parmi les premiers centres en France. La nuit y est rarement synonyme de répit. Reportage.


Mi-août, 18 heures, CHU Pontchaillou. C'est une fin d'après-midi incertaine dans le Département de chirurgie viscérale. Une fin d'après-midi comme les autres. Dans le bloc opératoire, le docteur Litavan Khamphommala extrait une vésicule biliaire. Il en est à sa troisième garde de 24 heures de suite et à sa troisième intervention en quatre heures. Il ne sait pas de quoi son avenir immédiat sera fait : « Je peux faire quatre opérations dans la nuit. Ou aucune ».

Au même moment, Laurent Sulpice, chef de clinique dans le même service, apprend que sa journée en famille est brutalement abrégée. D'astreinte pour le prélèvement d'organe, sa présence est requise pour récupérer le foie d'un patient en état de mort encéphalique. La famille a donné son accord. Un receveur a été trouvé. Laurent a trois heures pour se préparer : « Ce n'est certainement pas une corvée, cela fait partie du métier. Aujourd'hui, on n'a pas à prendre l'avion. » Car c'est toujours une équipe de l'hôpital du receveur qui pratique le prélèvement. Et il faut parfois faire des centaines de kilomètres pour récupérer un organe. Ce soir-là, c'est un chirurgien thoracique de l'hôpital parisien Foch qui vient chercher les poumons du même donneur. Avec ce prélèvement multi-organes, cette personne sauvera plusieurs vies.

21 heures. Le prélèvement a lieu au bloc des urgences Laurent est accompagné de Timothée, interne depuis deux ans, un grand gaillard complice : « Voilà la grande équipe du docteur Sulpice, prête à intervenir ». Il y a aussi Catherine, l'externe de garde. Venue pour apprendre, elle est servie : « D'un point de vue anatomique, c'est incroyable. »

Dans la salle, le ballet est bien réglé pour cette opération lourde mais somme toute courante : une vingtaine depuis le début de l'année. Christelle et Christine, les infirmières instrumentistes, passent prestement à Laurent pinces, compresses, champs, fils et ciseaux comme si elles devinaient ses pensées. Edouard, le médecin anesthésiste, veille sur les fonctions vitales du patient.

« Il dormira deux heures très mal »

Le timing doit être parfait. Valérie, coordinatrice, a tout minuté : « Quand les organes ont été préparés, on arrête le coeur. Pour les conserver, on place de la glace, on injecte du Celsior, un liquide réfrigérant. Et dans le même temps, on clampe (NDLR : on arrête le flux dans l'aorte en pinçant). Il faut aller vite, la préparation de la greffe doit commencer six heures après qu'il a été enlevé ». Vers minuit, alors que Laurent et Timothée se changent, quittant tablier, Catherine participe au nettoyage du corps, recousu avec soin : « Je ne sais pas trop l'expliquer, mais j'ai fait ça avec plus d'application encore que pour un vivant. » « C'est important de montrer à la famille qu'on leur est reconnaissant d'avoir accepté le don d'organes. Alors on y met du nôtre », précise Valérie.

Laurent et Timothée sont attendus à l'aube au Département de chirurgie viscérale (DCV) pour préparer le greffon. Timothée rentre directement se reposer, Laurent profite de cet instant de répit pour se restaurer. Il dormira finalement deux heures et « très mal ». Pendant ce temps, Martine et Michèle, 60 ans de DCV à elles deux, préparent la salle. Elles auront vu aussi bien la première que la millième greffe de foie du bloc. Arnaud, l'infirmier circulant, place le caddy de matériel qu'il connaît par coeur : « On peut le tourner dans tous les sens, je retrouve tout ! ».

À 7 h 15, Laurent est assis en face de Timothée pour isoler et disséquer les vaisseaux à destinée hépatique (veines porte et cave, artère et canal hépatiques). Deux heures et demie plus tard, l'organe est prêt. 1,550 kg à la pesée, il est bon pour la transplantation hépatique, l'autre nom de la greffe. Le chirurgien va ensuite remplir les formalités traditionnelles. Deux opérations l'attendent dans la foulée, « dont un cancer du colon, une intervention difficile ».

Paru dans l'édition de Ouest France du 29 août 2006
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