Article réalisé dans le cadre du CFJ
Le péché Mignon de l’Assemblée Nationale
Le Palais Bourbon n’est pas réputé pour son penchant à accueillir la gent féminine. Ce qui n’empêche pas quelques figures du deuxième sexe de s’illustrer en son sein. Comme sa vice-présidente, Hélène Mignon.
16 heures. Stridente, la sonnerie marque avec insistance la fin de la séance des questions au gouvernement. Alors qu’il est temps pour les députés de se dégourdir les jambes dans les couloirs ou de se délier la langue dans la salle des Quatre colonnes, Hélène Mignon se prépare dans les coulisses. Pas de temps mort pour la représentante de la 6e circonscription de Haute Garonne.
Depuis le 1er janvier 2006, Hélène Mignon joint l’hémicycle par les deux bouts. Quand l’occasion, et la séance, se présente, la vice-présidente de l’Assemblée nationale supplée Jean-Louis Debré et grimpe sur son piédestal pour regarder ses collègues de haut. Un poste de remplaçant aussi féminisé que le Palais Bourbon dans son ensemble : c’est avec cinq compères que la députée socialiste partage la tâche. Et parmi la cinquantaine d’élus présents pour le débat, une poignée à droite, un contingent plus conséquent à gauche, seules quatre femmes troublent la virilité ambiante.
Ce mercredi, c’est l’examen du budget des anciens combattants qu’elle s’apprête à diriger vêtue d’un pantalon et d’un tailleur vert kaki. Les élus communistes ne lui laisseront pas le temps de s’échauffer, bien décidés à faire valoir leur droit d’amendement. « Ce soir, on veut bâillonner le Parlement. C’est totalement inadmissible, c’est une mesure discriminatoire », s’emporte Jean Dessallangre, qui demande une suspension de séance de dix minutes. Renvoyant dans les cordes un Maxime Gremetz déchaîné, la vice-présidente défrisera à peine son brushing impeccable en frappant du marteau sur la table : cinq minutes.
Toujours avec la même force tranquille, Hélène Mignon reprend ensuite un Pierre Méhaignerie étourdi qui lui a donné du « Monsieur le président ». « Madame la présidente », rectifie-t-elle immédiatement, soucieuse de l’avancée pour la condition féminine. « Sympathique… », ajoute ironiquement le député UMP avant de continuer. Bras croisés, visage impassible derrière ses lunettes dorées, la dame reste placide face à certaines remarques qui provoquent un grondement dans les gradins. Entre deux gorgées de jus d’orange, elle attend. Et le calme revient, comme si son silence en était la seule explication.
En revanche, la vice-présidente ne badine pas avec le temps. Jean du Séjour (UDF) a beau défendre les veuves d’anciens combattants, la requête est cinglante : « Vous concluez ». Le député Dumont est un peu long : « Deux minutes pour la question, M. Dumont, pas une seconde de plus ». « Mais Mme la Présidente, vous venez de m’interrompre quelques secondes », ose l’élu …. « », coupe court Hélène Mignon. Semblant décidée à ce personne ne soit égaré par son nom.