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Etudiant en 1e année au Centre de Formation des Journalistes, Paris

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Liban

Israël - Hezbollah : la crise au Proche-Orient

Témoignages

Paru dans l'édition de Ouest France du mardi 25 juillet 2006
« Notre pays derrière nous »
Trois questions à... Hiam et Charles Arbid, rapatriés du Liban et de retour à Rennes.

Quels étaient les motifs de votre séjour au Liban ?

Tous les ans, nous partons en vacances au Liban, afin de voir la famille. Si nous sommes à Rennes depuis 33 ans, nous avons gardé des liens très forts avec notre pays d'origine. Le 19 juin, nous sommes donc partis pour Choueifat pour un séjour de deux mois. Ce village est situé dans la montagne, à 17 km de Beyrouth. Il se trouve directement en face de l'aéroport. On voit les avions atterrir et décoller. Le 11 juillet au soir, on a entendu des explosions. On pensait que c'était les Italiens qui fêtaient encore la Coupe du Monde. Le 12 au matin, on a réellement vu ce qu'il se passait. La fumée était partout, l'aéroport était bombardé, tout était cassé. Au début, nous pensions que c'était juste pour nous intimider. C'était une habitude israélienne. Personne ne pensait que ça allait continuer de cette façon.

Comment la vie s'est-elle organisée après les premiers bombardements ?

La première chose que nous avons faite, c'est d'aller chercher des bougies. Israël bombarde en priorité les pylônes électriques et les antennes télécoms. Nous avons donc fait des provisions : bombonnes de gaz, farine, sucre, huile, boîtes de conserve. Les personnes qui se sont ravitaillées tardivement n'avaient plus rien, heureusement la solidarité a fonctionné entre les familles. Dès le lendemain des premiers bombardements, nous avons dû faire sept ou huit magasins avant de trouver du pain. Trois jours après, les prix étaient multipliés par trois. Le bidon de 10 litres d'eau a rapidement grimpé à 15 €. Nous n'étions pas directement visés, les ponts menant à Beyrouth sont tombés, nous avons ressenti des échos énormes, tout bougeait. Il fallait expliquer aux enfants qui ne comprenaient pas les événements. Nous leur avons d'abord demandé de se réfugier à chaque alerte sous les lits, sous les coussins. Après, nous les avons surpris en train de se réunir en bas de l'appartement. Ils s'organisaient eux-mêmes, et relayaient les consignes des adultes !

Comment s'est passé votre rapatriement ?

Nous avons entendu parler du rapatriement le 13 juillet, quand la télé fonctionnait encore. Mais nous estimions que c'était de la lâcheté de partir. Nous avons posé la question à la famille. Maman nous a dit : « Je préfère vous avoir loin qu'à côté de moi. Nous savons comment agir en cas de bombardements, vous êtes plus utiles, chez vous en France. » Nous avons téléphoné au numéro donné par l'ambassade, qui nous a dit d'attendre leur signal. Il est arrivé le 17 juillet au soir. Nous sommes partis chacun avec 15 kg de bagages, distribuant à la famille l'argent qu'il nous restait. Comme nous sommes âgés et légèrement handicapés, nous avons été privilégiés, alors que ma soeur (NDLR : la soeur d'Hiam) doit aujourd'hui encore attendre avec ses jumeaux. Le 18 au matin, nous nous sommes rendus en voiture au lycée français de Beyrouth, nous avons mis une heure pour parcourir les 15 km. Nous avons patienté là-bas sous escorte de la police libanaise, avant d'embarquer sur le ferry grec à destination de Chypre. Sur le bateau, Dominique de Villepin nous a salués, nous l'avons remercié pour le soutien de la France. Le voyage a pris toute une nuit. A Chypre, nous avons encore attendu plusieurs heures avant d'embarquer pour Orly. Nous avons constamment été accompagnés par des associations, et dans l'avion, il y avait des médecins et psychologues pour nous aider. A l'aéroport, Philippe Douste-Blazy nous a accueillis. Un débriefing a suivi : nous étions tellement noués que nous ne pouvions plus répondre aux questions. Nous étions chagrinés de laisser notre pays derrière nous, détruit après tant d'années de lent rétablissement.

Propos recueillis par Mathieu GRÉGOIRE.

Ouest-France du mardi 25 juillet 2006
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